Durch das, was vor dir steht

Fuite en avant

« La vie est un rêve dans un rêve », dit un vieil homme dans le film Vortex. Moi, je ne fais plus de rêve ces derniers temps. Mes nuits sont fatigantes, courtes, forcées. En fin de nuit je me sens pas reposée. Depuis plus d’un mois je me couche en moyenne vers trois heures du mat. Je fais l’expérience d’une autre vie. De la vie de nuit, d’un excès de soirées, d’adrénaline, d’extase, de basse. Parfois d’ivresse, mais rarement. On m’a recommandé de sortir, d’apprécier la vie, puisqu’apparemment je serais un soleil, puisque j’aimerais la vie. J’ai fait ainsi. Je me suis pas enfouies en dessous de ma couverture. J’ai rencontré plus d’amis que jamais. Je pouvais pas être seule. Trop de pensées, débordement de sentiments. Recroquevillée sur moi-même, j’essayais d’éviter cette fragilité. J’ai fui en avant, hors de mon corps, hors de mes pensées. J’ai dansé comme une folle. J’ai fermé mes yeux. J’ai sué. Jsuis tombée malade. Je me suis fait draguée. J’ai apprécié.

Je voulais être proche de toi en t’imitant. En imitant tes excès d’alcool, de drogues, ta vie de nuit. Maintenant j’ai un avant-goût de ce que cela veut dire, faire quelque chose pour se sentir proche de quelqu’un. Je t’ai recherché en ville. J’étais nerveuse, mes yeux observant mon propre corps, mes vêtements, la façon dont je bouge et marche, imaginant chaque instant que tu pourrais m’apercevoir, toi dans la foule d’autres gens en centre-ville. En passant par ta fenêtre j’étais distraite, plus attentive à ce que mes amis racontaient, ou bien nerveuse, ou triste. J’ai choisi des cafés, des restaurants, des cinémas, des bars proches de chez toi. Espérant qu’on puisse tomber l’un sur l’autre. J’ai imaginé comment ça serait de te revoir par hasard. Je ne pouvais pas m’imaginer. Un instant je me suis vue souriante, te montrant de la légèreté et du bonheur. Un autre instant je me suis vue pleurant devant toi. Et puis restant forte, décidée, sachant que tout échange au-delà des mots nécessaires me serait trop douloureux. Consciente de mes limites. Les mots nécessaires ont évolué depuis notre dernière rencontre. Ceux qui sont restés, que je t’ai envoyé, sont une version essentialisée de tous mes sentiments et pensées, une version juste, sans drame.

Maintenant je pense à toutes ces nuits dont j’ai peu de souvenirs. Non parce que j’avais un blackout, mais parce que l’intensité était éphémère, peu durable. Je me souviens peu des sentiments ressentis. Le temps me paraît évidé. Je suis crevée, épuisée des gens. Tu me manques.

 

Supplément:

Je m’interroge sur ce qui me manque exactement quand je dis que tu me manques. Je me demande ce que tu m’as donné. J’ai pas de réponse à cette question. Certes, une attention délicate, une curiosité, un intérêt, de la profondeur. Mais c’est pas ca qui me manque. Enfin, on a passé peu de temps ensemble. C’est juste toi. Et peut-être ce que je me suis imaginée, être avec toi, passer du temps avec toi. Écrire ces phrases me soulage un peu, me fait respirer.

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